L'acide pantothénique

Historique


Au début du siècle, les facteurs alimentaires font l’objet de nombreuses recherches. En 1901, Wildiers découvre un élément essen- tiel de la croissance des levures et lui attribue le nom de »bios«.
Trente années plus tard, en 1933, Williams isole et cristallise du bios auquel il donne le nom d’acide pantothénique. Alors que Ringrose, en 1931, démontre, chez le poussin, les effets d’un défaut d’alimentation sur une dermatite proche du pellagra, Jukes apporte la preuve irréfutable que le facteur anti-dermatite correspond bien à l’acide pantothénique. L’année suivante, la structure chimique est formellement identifiée et le produit synthétisé.
L’acide pantothénique libre est une huile instable et hygroscopique que l’on ne trouve pas, dans la nature. Dans les plantes et chez les animaux où il est largement distribué, l’acide pantothénique se présente comme un composant essentiel du coenzyme A. Sa structure résulte de la combinaison de l’acide pantoïque et de l’alanine; on comprendra dès lors qu’il se comporte comme un acide aminé.
Seule la forme isomère dextrogyre optiquement active, présente une action vitaminique. Le panthénol (la forme alcool) et les sels de l’acide d-pantothénique sont absorbés par les animaux et convertis en acide actif.
On fait parfois référence à l’acide pantothénique sous l’appelation de vitamine B5 et, plus rarement dans la littérature américaine, de vitamine B3 (la nomenclature officielle attribue le nom de vitamine B3 à la niacine).

Rôle de l’acide pantothénique

L’acide pantothénique est un élément essentiel du coenzyme A qui joue un rôle déterminant dans le domaine du métabolisme énergétique. Il intervient également dans la synthèse et la dégradation des acides gras, dans le cycle de l’acide citrique, lors de la formation d’anticorps et sur la fonction nerveuse, par le biais de l’acétylcholine.
Le coenzyme A sert de pourvoyeur en acides carboxyliques. La liaison des acides au coenzyme A facilite le transfert vers d’autres groupements. La conjugaison à l’acétate pour former l’acétate actif (acétyl CoA), avec une liaison à haute énergie, joue un rôle très important. Ce précuseur du cholestérol constitue un élément régulateur du système hormonal stéroïdien.

Carence en acide pantothénique

Les premiers symptômes, observés en cas de déficience, sont identiques à ceux référés pour les autres vitamines B: perte d’appétit et ralentissement de croissance.
La formation de dermatites et de croûtes galeuses au coin des lèvres, autour des yeux, derrière les oreilles et même sur les pieds survient en cas de carence sévère. Ces manifestations pathologiques n’ont jamais été signalées chez le cheval. Dans les espèces plus sensibles, un défaut en acide pantothénique provoque une dépigmentation de la peau ou la perte des cheveux. La fonction reproductrice peut être également affaiblie. Au plan nerveux, on enregistre des mouvements instables. Des perturbations digestives avec ulcération et diarrhée peuvent survenir.

Surdosage en acide pantothénique

Bien que de petites quantités de cette vitamine soient stockées au niveau du coeur, du foie et des reins, tout excès est rapidement excrété. Aucun cas de toxicité apparente n’a été signalé, chez l’animal et l’homme, même après administration de mégadoses (1 g/kg de poids corporel) d’acide pantothénique.

Biosynthèse

Les colonies microbiennes du caecum et du colon du cheval synthétisent de grandes quantités d’acide d-pantothénique. On peut difficilement en évaluer le bénéfice réel; 25% environ étant résorbés au travers de la paroi du colon. Les chevaux en pâture et ceux qui ingurgitent beaucoup de foin et de nourriture à base de fibres devraient profiter d’une biosynthèse accrue car le contenu en fibres réduit la vitesse de passage et constitue un support idéal de l’activité microbienne. Les chevaux actifs et performants ont davantage besoin d’acide pantothénique que les poneys et les chevaux de selle. Les compléments d’acide pantothénique proviennent essentiellement des levures, des produits végétaux comme le son et le gluten du maïs ainsi que des produits protéiques animaliers venant du coeur, du foie ou des rognons.

Mesure de l’acide pantothénique

On ne connaît aucune unité internationale caractérisant l’activité biologique de l’acide pantothéni- que. La plus ancienne unité: yeast growth unit (unité de croissance de levure) équivaut à 0,8 mg de pantothénate d-calcique tandis que la Chick Unit (unité poussin) correspond à 14 mg du même produit.
Les résultats des analyses et les besoins en vitamine s’expriment le plus souvent en mg d’acide-d-pantothénique. Les sels de calcium et de sodium correspondent respectivement à 92 et 93% de l’activité de la forme acide. Le panthénol équivaut à l’acide.

Contrôle du niveau de l’acide pantothénique

Il n’existe pas de méthode satisfaisante de mesure du niveau d’acide pantothénique. On peut évaluer le taux sanguin mais les quantités fluctuent très vite en raison notamment de la vitesse d’excrétion.
Les taux hépatiques et rénaux restent insignifiants. La détermination du niveau de coenzyme A varie d’un tissu à l’autre. La rétention azotée est maximale lorsque la quantité de coenzyme A est adéquate. On peut recourrir à cette mesure pour contrôler, indirectement, le niveau d’acide pantothénique alimentaire. L’acide pantothénique de la nourriture s’évalue par des tests microbiologiques avec du Lactobacillus casei ou du Lactobacillus arabinosus. La précision des mesures avoisine les 20%.

Antagonistes

L’antagoniste alimentaire le plus courant, pour l’acide pantothénique est le cuivre monovalent. Ce sel influence la vitesse de production et de fonctionnement du coenzyme A. Une controverse existe sur le rôle antagoniste éventuel de l’isomère lévogyre de l’acide pantothénique. Cette hypothèse n’a pas encore été levée.

Relations avec d’autres ingrédients

L’acide folique et la biotine sont tout deux nécessaires à l’action de l’acide pantothénique. Ce dernier et la biotine interviennent sur le métabolisme de la niacine. Une compensation partielle de la déficience en acide pantothénique par l’acide ascorbique est possible et mérite d’être soulignée.

Besoins et doses optimales

Les besoins du cheptel s’expriment en mg d’acide d-pantothénique même si cette unité ne correspond pas à celle de la forme réellement administrée. Les recommandations publiées ces 40 dernières années proposent une gamme très étendue de doses.
La rétention azotée optimale constitue un critère d’appréciation acceptable mais elle surévalue les besoins réels calculés sur base des déficiences apparentes. Sauf indication contraire, le besoin minimal de 5 mg/kg de matière alimentaire sèche devrait permettre d’éviter l’apparition des symptômes usuels de carence.
La dose optimale requise pour atteindre la meilleure activité métabolique est 4 fois supérieure.
En plus d’un manque de précision dans la méthode d’analyse, il faut tenir compte d’une variation importante des teneurs en acide pantothénique de différents échantillons même en provenance d’un même aliment.
Les valeurs moyennes reportées dans les tables de référence ne constituent qu’une appréciation très approximative du véritable taux d’acide pantothénique dans un échantillon alimentaire. Les valeurs de supplément reprises au tableau suivant se référent à une alimentation classique sans excès de graisses et de fibres.

    mg/kg   mg/jour
Chevaux de haute performance en plein entraînement
4,5
45
Chevaux de haute performance subissant un travail léger 4,5 27
Poneys, chevaux de selle 4 12
Pouliniéres et étalons 4 16
Jeunes chevaux 1-2 ans 5 15
Foals et yearlings de moins d'un an 5 5-15

Stabilité

L’acide pantothénique natif est une huile instable. On l’utilise sous forme de sels calciques (d-calpan ou cal-d-pan) sodiques ou de pantothénol (liquide). Les deux sels se présentent comme des poudres blanches, hygroscopiques, très solubles dans l’eau. Le panthénol est une huile visqueuse, incolore qui peut cristalliser en cours de stockage.
Au froid et au sec, la stabilité des produits est satisfaisante; ils se dégradent, par hydrolyse, à la chaleur humide et cette dégradation s’accélère en milieu acide et basique (ph &Mac220; 5 ou &Mac221; 9).
Mélange racémique de
pantothénate calcique
Le mélange racémique du pantothénate calcique compose généralement le supplément alimentaire. Les concentrations des iso- mères d et l sont équivalentes; le produit commercial devra contenir une teneur minimale garantie de 45% de la forme dextrogyre.
Quelques produits commerciaux sont fortement hygroscopiques. On proposera un taux alimentaire compensatoire évalué sur base de la valeur la plus faible en pantothénate d calcique.
On recommandera un facteur multiplicatif de 1,07 (pour équilibrer la teneur en pantothénate calcique et celle de l’acide) et un autre de 2,22 pour tenir compte d’un contenu réel estimé à 45%.
Le facteur de conversion entre l’acide pantothénique et le sel calcique sera donc de 1,07 x 2,22 soit 2,4. Dans ces conditions, 5 mg d’acide pantothénique/kg équivalent à 11,9 mg/kg ou encore 11,9 g/tonne.

Observation du cheptel

Au cas où l’appétit et la vitalité de l’animal seraient inférieurs à la normale, on peut administrer des doses croissantes des différents complexes vitaminés du groupe B, du moins en début de traitement car les symptômes ne sont pas discernables à ce niveau.
La dermatite peut être causée par les parasites, la maladie ou la nutrition. Une carence en acide pantothénique ne constitue qu’un des problèmes nutritionnels concernés.
Lorsque plusieurs chevaux sont atteints de dermatite galeuse, on augmentera les doses en acide pantothénique et celles de biotine pour traiter l’affection. Il n’existe aucune raison, économique ou technique, pour ne pas augmenter la dose d’acide-d-pantothénique pour les chevaux en vue de résoudre les problèmes précités.

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