|
| Vitamine B12 |
Historique
Les recherches menées dans les années 20 et 30 sur les problèmes
de nutrition, permettent de découvrir laction stimulante des
extraits de foie et dautres tissus sur la croissance des animaux
délevage. Cette découverte fait lobjet dune première application
chez lhomme dans le traitement de lanémie pernicieuse. Durant
de nombreuses années, le principe actif du traitement reste connu
sous la terminologie de «facteur protéïque animalier» et la structure
chimique demeure inconnue des scientifiques. En 1948, une matière
cristalline, présentant des caractéristiques similaires, est isolée
du foie et reçoit le nom de vitamine B12. Bien que sa structure
chimique soit établie depuis 1955, le composé est synthétisé,
pour la première fois, en 1973.
De nos jours, on prépare encore les doses de vitamine B12 à partir
des extraits de produits de fermentation: cest toujours le moyen
le plus économique au plan commercial.
La vitamine B12 présente la structure chimique la plus complexe
de lensemble des vitamines. Lunité de base comporte un noyau
qui présente une structure annulaire comprenant 4 cycles à 5 pièces
joints par des atomes dazote angulaires. Un atome de cobalt occupe
le centre actif du complexe; cest la seule vitamine qui contienne
un élément minéral. Le produit principal, doué dune activité
vitaminique B12, est la cyanocobalamine qui présente un groupe
cyanure (-CN) attaché à latome de cobalt. Il existe une certaine
controverse quant à savoir sil sagit dune caractéristique de
la vitamine ou dun simple artéfact. Dautres fonctions comme
les groupes -OH et -NO3 peuvent sattacher à la biomolécule sans
modifier pour autant son action vitaminique. Il existe cependant
de nombreux autres corrinoïdes ressemblant à la cyanocobalamine
mais qui nont pas ou peu dactivité vitaminique.
Rôle de la vitamine B12
La vitamine B12 intervient dans le mécanisme daction de plusieurs
systèmes enzymatiques. La plupart concerne le transfert et la
synthèse dunités à un seul atome de carbone. La vitamine B12
est responsable de plusieurs fonctions métaboliques fondamentales
en partage avec dautres composés vitaminiques comme lacide folique.
Les missions essentielles concernent le métabolisme protéique
mais aussi celui des graisses et des sucres. Dans les conditions
alimentaires habituelles, la vitamine B12 est liée aux peptides
et protéines. Cette liaison se brise durant la phase de digestion
relarguant ainsi la molécule de vitamine B12 non resorbable par
la paroi de lintestin sans un transporteur. Divers composés,
rassemblés sous le terme de «facteur intrinsèque» sont pourvoyeurs
de vitamine B12. Ils varient dune espèce à lautre mais se comportent
comme des glycoprotéines. Seul, le chat semble en mesure dabsorber
la vitamine B12 sans intervention du facteur intrinsèque.
Les activités physiologiques de la vitamine B12 sont correlées
à celles de lacide folique bien que le mécanisme daction ne
soit pas encore élucidé. On sait quune partie de lactivité concerne
la formation des groupes labiles, méthylés, directement impliqués
dans la biosynthèse de la méthionine et indirectement dans celle
des protéines corporelles.
On a une bonne raison de croire que la dégradation de la synthèse
des protéines est responsable du ralentissement de la croissance
observée chez les animaux déficients en vitamine B12. Latome
de cobalt pourrait intervenir dans la transméthylation de la cobalamine
si lon veut bien noter la formation dun dérivé méthylé du cobalt.
Une fonction importante et spécifique de la vitamine B12 concerne
son action de biotransformation des groupements propyls dorigine
alimentaire ou métabolique. Le propionate (à 3 atomes de carbone)
est converti en succinate (à 4 atomes de carbone) dans le cycle
de Krebs. Le groupe méthyl supplémentaire provient du méthylmalonyl
-Co A activé par lisomérase de méthylmalonyl -Co A, une enzyme
placée sous contrôle direct de la vitamine B12.
La vitamine B12 exerce un effet calmant sur les chevaux effrontés,
folâtres ou simplement excités. Cet état hyperactif peut être
associé à un excès de biotine (vitamine H) et ladministration
dune dose de 1 mg/jour de vitamine B12 sert dans ce cas dantidote
et corrige la situation.
Carence en vitamine B12
Les jeunes chevaux alimentés uniquement par des rations végétales
ou semi-purifiées ont une croissance plus lente que les animaux
nourris avec des protéines animales ou enrichies en vitamine B12.
Bien quaucun cas reconnu de déficience nait encore été observé
chez le cheval, les autres espèces présentent des signes de nervosité
suivis de mouvements désordonnés et dune irritabilité croissante
matérialisée par une peau rugueuse et des changements internes
comme lanémie microcytaire et latrophie du thymus, de la rate
et des surrénales.
Surdosage en vitamine B12
Bien que la vitamine B12 ne sexcrète pas rapidement, on ne lui
connaît aucune toxicité ou effet secondaire gênant, dans aucune
espèce animale, même en présence de très fortes doses. Plusieurs
organes sont à même de stocker la vitamine pour de courtes périodes:
30 à 60% des réserves corporelles se trouvent dans le foie. Le
métabolisme ne dégrade pas la vitamine B12, elle sélimine via
les reins et, par lintermédiaire de la bile, vers les fèces.
Biosynthèse
De nombreuses bactéries peuvent synthétiser la vitamine B12 en
présence dune quantité suffisante de cobalt. Les bactéries qui
colonisent la partie inférieure du tractus digestif du cheval
sont en mesure de synthétiser les corrinoïdes en présence dune
quantité suffisante de cobalt.
Ces corrinoïdes se comportent comme des analogues de la vitamine
B12 mais sont dépourvus dactivité biologique. Des taux élevés
en cobalt dans les aliments, provoquent un accroissement de la
synthèse de ces analogues inactifs avec comme résultante une réduction
sensible de lactivité enzymatique B12. En labsence de cobalt,
il existe aussi une quantité limite de vitamine que lon peut
fournir à lanimal. Il est permis de sinterroger sur le bénéfice
que le cheval pourrait retirer dune synthèse de vitamines dans
une région de lintestin localisée bien en-dessous de la zone
où la résorption se produit habituellement.
Antagonistes
Pour des raisons mal connues, on observe une perte sensible de
lactivité vitaminique B12 en présence de fortes concentrations
de niacine ou dautres agents oxydants. Dans ce cas, il y a lieu
de prévoir un surcroît de vitamine B12. Les oestrogènes constituent
une classe particulière dantagonistes.
Mesure de la vitamine B12
On utilise habituellement les techniques de mesures biochimiques.
Elles font appel à des organismes comme lEuglena Gracilis ou
le Lactobacillus Leichmannii. Les résultats sexpriment en mg/kg
de nourriture ou en mg/100 ml de sang. Plus rarement, on se réfère
à des unités USP (United States Pharmacopoeia) correspondant à
1 mg de vitamine B12 ainsi quà des unités LLD (Lactobacillus
lactis Dorner) pour lesquelles 11.000 unités LLD = 1 unité USP
= 1 mg de vitamine B12.
Contrôle du niveau de vitamine B12
Le contrôle du niveau de vitamine B12 chez le cheval savère particulièrement
difficile à réaliser. En raison de la localisation hépatique et
tissulaire de cette vitamine, la mesure des taux plasmatiques
ne constitue quune pâle indication sauf si lanimal est totalement
carencé.
Le problème technique de la caractérisation chimique et de la
séparation des corrinoïdes actifs et inactifs représente une difficulté
majeure. Certaines méthodes de dosage sanguin sont sujettes à
caution. On peut néanmoins considérer que des taux sériques inférieurs
à 200 mg/ml et des taux hépatiques en-dessous de 0,1mg/g relèvent
dune situation de carence. Lexcrétion urinaire de lacide méthylmalonique
(MMA) peut également servir dindicateur sur létat de déficience
ou sur linadéquation des doses. On sait que la vitesse dexcrétion
du MMA est de 5 à 12 fois supérieure à la normale en cas de carence
vitaminique B12. La mesure sérique du MMA peut également convenir.
Il existe une méthodologie alternative basée sur la mesure dun
autre indicateur métabolique, lacide formiminoglutamique (FIGLU)
excrété dans des proportions 30 fois supérieures à la normale
en cas de déficience en B12.
Relations avec dautres ingrédients
En raison de sa mission élargie de pourvoyeur de groupes méthyl,
la vitamine B12 interagit, au plan métabolique, avec de nombreux
micro-ingrédients.
On observe une interaction très importante avec lacide folique
dans les sites où lon enregistre des activités combinées des
acides nucléiques et la synthèse de la méthionine.
Plusieurs vitamines modifient la vitesse de résorption de la vitamine
B12 dans lintestin alors quelle est loin dêtre importante.
Une déficience en acide folique accroît labsorption, tandis quune
déficience en vitamine B6 diminue labsorption de la vitamine
B12.
La biotine est active avec la vitamine B12 dans le métabolisme
du méthylmalonyl -Co A; il en est de même pour lacide pantothénique
qui exerce une action épargnante au plan de la vitamine B12.
Les vitamines E et B1 agissent avec effet synergique sur la synthèse
des cellules sanguines.
La vitamine B12 améliore la résorption intestinale et la disponibilité
des carotènes (vitamine A), responsables du fonctionnement des
cellules épithéliales et à mucus.
Le calcium, le cuivre et le fer ferreux catalysent laction de
la vitamine B12, améliorant la résorption intestinale et lefficacité
de ses fonctions métaboliques.
Besoins et doses optimales
La difficulté dévaluer le niveau de vitamine B12 chez lanimal
rend plus aléatoire encore le choix dune dose optimale. Outre
la question du taux de vitamine, de nombreuses interactions avec
les microingrédients conduisent à proposer une fourchette qui
varie selon les taux de méthionine, de choline, dacide folique,
de thiamine et de biotine. On ajoutera quil faut prévoir une
surcharge lors de la phase de digestion au cours de laquelle la
production des propionates saccroît. On évalue les besoins courants
en vitamine B12 à environ 10 mg/kg de matière alimentaire sèche.
Sauf information contradictoire, on considère cette dose comme
minimale. On observe des effets bénéfiques sur la vitesse de croissance
jusquà des doses en vitamine B12 de lordre de 30 mg/kg. Cette
dose constitue un optimum idéal même si on peut prévoir des doses
plus élevées pouvant aller jusquà 120 mg/kg pour les chevaux
très actifs et performants. Les proportions rapportées dans le
prochain tableau tiennent compte dun apport minimal en protéines
animales dans la ration alimentaire du cheval. Au cas où la proportion
de protéines animales serait accrue de 5%, on recommandera une
réduction de ces chiffres de 5 mg/kg.
| |
|
mg/kg |
|
mg/jour |
| Chevaux de haute performance en plein entraînement |
|
120
|
|
1200 |
| Chevaux de haute performance subissant un travail léger |
|
120 |
|
800 |
| Poulinières et étalons |
|
30 |
|
120 |
| Jeunes chevaux 1-2 ans |
|
25 |
|
75 |
| Foals et yearlings de moins d'un an |
|
30 |
|
30-50 |
Contenu des ingrédients alimentaires
Les végétaux ne contiennent pas ou très peu de vitamine B12. Les
quantités présentes dans les matériaux protéiques dorigine animale
savèrent très variables en raison notamment du processus de fabrication
et des pertes quil implique. Les données moyennes des teneurs
en vitamine B12 des aliments rapportées dans les tables sont largement
sujettes à caution. Chaque échantillon alimentaire peut présenter
des taux en vitamine B12 très éloignés de ceux repris dans ces
tables.
Stabilité
La grande taille de la vitamine B12 symbolise la fragilité de
la molécule. Elle se dégrade sous laction de la chaleur, la lumière,
les acides et les bases ainsi que les oxydants.
Par contre, la vitamine B12 résiste assez bien à lhumidité. Durant
les opérations de mélange et de granulation, on enregistre des
pertes de 10%. Si lélément est extrudé, on enregistre des pertes
plus importantes qui peuvent excéder les 30%. La cobalamine purifiée,
sous forme cristalline, de même que les dilutions en poudre résistent
à laction de lair et de la chaleur. Ces préparations se dégradent
à la lumière, surtout à lU.V. Il faudra donc conserver les aliments
à base de vitamine B12 dans des containers hermétiques, de préférence
au froid et au sec. On recommande une surcharge de 20% pour compenser
les pertes survenant lors des étapes de fabrication et de conservation
des aliments.
Observation du cheptel
Les carences en vitamine B12 provoquent lapparition de symptômes
généraux, peu spécifiques. Tout jeune cheval qui ne se déve- lopperait
pas comme attendu, surtout si sa robe est sèche, devrait bénéficier
dun traitement complémentaire en vitamine B12.
Les poulains, mal coordonnés à la naissance et qui ne réagissent
pas aux stimuli de loeil, peuvent souffrir dun manque de vitamine
B12 normalement apportée par le lait maternel.
Au besoin, on prévoira un supplément de vitamine B12 pour calmer
les chevaux hyperactifs et frétillants.
|
|
|