Vitamine E

Historique


La vitamine E constitue un aliment essentiel, présent dans une large gamme de produits. Il existe au moins 8 types de tocophérols exercant une activité de vitamine E. L’a tocophérol est de loin le composé le plus actif; il contribue pour environ 70 à 90% à l’activité vitaminique globale associée à l’alimentation fourragère et céréalière. Les autres tocophérols, même en quantités pondérales plus importantes, n’exercent qu’une très faible activité et ne sont guère pris en compte pour l’évaluation du contenu en vitamine E des aliments.

Action de la vitamine E

La vitamine E a plusieurs fonctions. La plus importante et la plus connue concerne l’action antioxydante inter- et intracellulaire qui prévient l’oxydation des lipides insaturés présents dans les cellules biologiques. Au cas où des hydroperoxydes lipidiques seraient formés en raison d’une insuffisance de tocophérols, il en résulterait des dommages immédiats pour les tissus. Plus la cellule est active (comme celle du squelette et des muscles sensitifs), plus celle-ci est chargée en lipides à fonction essentiellement énergétique et plus le risque de dommage sera sérieux si la présence de vitamine E est limitée. Cette propriété antioxydante assure également la stabilité erythrocytaire et la sauvegarde des capillaires sanguins. Des études récentes viennent de démontrer l’action régulatrice de la vitamine E sur le système pituitaire du cerveau moyen avec formation d’hormones stimulant la fonction thyroidienne et celle du cortex surrénalien.
Alors que la vitamine E est présente dans tous les tissus et organes pour y favoriser le maintien d’un équilibre endocrinien et du tonus musculaire, cette vitamine n’exerce aucune action spécifique sur la fonction reproductrice du cheval.

Carence en vitamine E


La localisation et la forme des symptômes déficitaires dépendent des facteurs alimentaires et de leur gestion. Si les réserves en vitamines E diminuent, des lésions musculaires marginales (myopathie) apparaissent fréquemment. Au cas où les muscles du squelette seraient également atteints, l’effet se poursuivrait et évoluerait vers une pathologie connue sous le nom de maladie du muscle blanc (dystrophie musculaire nutritionnelle). Le che- val présente alors une raideur anormale et un état fébrile caractérisé par une allure très écartée à la base.
Si la faiblesse musculaire persiste, le cheval finit par ne plus marcher ni même se lever. Le myocarde touché à son tour, l’arrêt cardiaque peut survenir à tout instant. L’examen histologique du tissu musculaire cardiaque (généralement le ventricule droit) révèle des signes de microthromboses au niveau des artérioles et des petits capillaires avec parfois même une occlusion totale. Les «muscles respiratoires» du diaphragme et des côtes ne fonctionnent plus normalement; il se produit une respiration difficile et une accumulation de liquides dans les poumons (oedème pulmonaire). La grande perméabilité des vaisseaux sanguins du foie et du coeur peut provoquer des hémorragies aisément répérables lors des autopsies post-mortem. Une déficience en vitamine E chez le poulain induit également un risque d’hémorragie cérébrale précédée de mouvements non coordonnés avec perte d’équilibre et ataxie symétrique. La vitamine E affecte le système immunitaire de défense du cheval avec ses conséquences immédiates sur le plan des maladies virales et bactériennes auxquelles l’animal est exposé.

Unités de mesure de la vitamine E


Les tables de données sont généralement exprimées en unité internationale. L’étalon habituel pour le mélange racémique d l d’acétate d’a tocophérol est de 1 mg pour 1 unité internationale de vitamine E.
Les tocophérols présentent différentes formes de stéréoisomères avec des activités biologiques très variables. Il ne faut pas confondre ces formes avec les autres biomolécules d’a, b, g ou d tocophérols.
Les tocophérols alimentaires se caractérisent par une forme isomérique spécifique d (dextrogyre). Cette forme exerce une activité biologique plus intense que les mélanges racémiques (formes combinées dl avec l pour lévogyre). Chaque isomère de type d est environ 36% plus actif que le racémique dl correspondant.
Il existe encore une certaine controverse sur les activités respectives des isomères mais la règle suivante peut s’appliquer dans le choix des doses de vitamine E alimentaire à administrer au cheval.

Règle:

--déterminer quantitativement le contenu en a tocophérol de l’aliment (qu’il y soit présent à l’état natif ou qu’il y ait êté apporté en supplément)
--annuler les taux des autres tocophérols
--transformer le contenu pondéral d’a tocophérol (mg) en unité vitaminique internationale

Le tocophérol total

Toute évaluation de l’activité en vitamine E sur base d’une mesure totale des différentes formes de tocophérol est vouée à l’échec en raison de la grande distribution des homologues de structure. De plus, il est impossible de proposer une équation qui permettrait de calculer une teneur en vitamine E au départ des données de tocophérols totaux; la forme a variant dans de larges proportions d’un ingrédient alimentaire à l’autre.

Contrôle des taux en vitamine E

La vitamine E est généralement associée aux matériaux lipidiques des tissus/graisses. Il n’existe pas de site de stockage spécifique même si les organes génitaux, les glandes pituitaires et surrénales en contiennent de grandes quantités. La vitamine E se retrouve dans la couche lipidique des membranes cellulaires; elle est véhiculée par le flux sanguin sur les lipoprotéines à faible densité. Le taux plasmatique de tocophérol constitue un indicateur acceptable même si les quantités transportées varient au cours du temps, notamment en fonction des repas.
En cas d’atteinte des tissus musculaires (myopathie), due à un déficit en vitamine E, ceux-ci relarguent leur contenu enzymatique dans les tissus périphériques et de là, dans le sang. Des taux croissants d’amino transférase aspartique (Asp. AT) et de phosphokinase créatinique (CPK) sont l’indication d’un dommage tissulaire sans qu’il ne soit possible d’établir une relation directe et spécifique avec le niveau de vitamine E; même s’il est raisonnable de le postuler.

Relations avec les autres ingrédients
Il existe une relation étroite entre la vitamine E et le sélénium dans leurs fonctions cellulaires. Le sélénium, constituant essentiel de l’enzyme peroxydase du glutathion, a pour mission de neutraliser les peroxydes réactionnels présents dans les cellules avant qu’ils n’oxydent les lipides insaturés, protégés par les tocophérols. La peroxydase du glutathion se retrouve dans le cytosol et les mitochondries alors que le tocophérol est localisé dans les membranes. Jusqu’à un certain point, la vitamine E et le sélénium échangent leurs activités; mais il existe une limite en dessous de laquelle cette substitution fonctionnelle ne s’opère plus.

Besoins et doses recommandées

La quantité de vitamine E nécessaire à la prévention des désordres musculaires, en présence de taux normaux de sélénium, est relativement faible. Elle croît au fur et à mesure que le taux de sélénium diminue. Pour ce motif, il s’avère difficile de recommander une valeur basale pour la vitamine E. Les effets d’une augmentation des doses optimales sont difficilement décelables car les influences sur la croissance et le niveau des performances restent discrètes.
Comme chaque cheval a ses propres exigences, l’idéal est de proposer des doses qui confèrent une activité musculaire optimale et simultanément de se prémunir des autres conséquences d’une déficience en vitamine E. Les chevaux ont des besoins plus élevés en vitamine E par rapport à la consommation totale d’aliments et par comparaison avec toutes les autres espèces domestiques. Le stress engendré par une activité musculaire intense liée à l’entraînement, à la course, au saut d’obstacles ou à l’endurance exige l’apport de grandes quantités de vi- tamine E pour atteindre une activité antioxydante maximale et assurer la meilleure activité métabolique des cellules. Le tableau suivant reprend les quantités journalières de vitamine E recommandées pour les administrations alimentaires (alimentation de base + suppléments).


mg/kg mg/jour
Chevaux de haute performance en plein entraînement
200
2000
Chevaux de haute performance subissant un travail léger 200 1200
Poneys, chevaux de selle 200 600
Poulinières et étalons 250 1000
Jeunes chevaux 1-2 ans 200 600
Foals et yearlings de moins d'un an 200 200-600

Facteurs modifiant la biodisponibilité de la vitamine E

1) LES GRAISSES
Comme un des rôles majeurs de la vitamine E consiste à éviter les phénomènes d’oxydations lipidiques, il existe une corrélation étroite entre la quantité de vitamine E et le contenu lipidique des ali- ments, en particulier sur le plan des acides gras polyinsaturés.
Si l’alimentation contient de grandes quantités de graisses, on recommande un accroissement de la teneur en vitamine E de 30 mg/kg de nourriture pour chaque% d’acides gras insaturés (PUFA) présents dans la graisse.
Les huiles de soja et de maïs contiennent environ 60% de ces acides gras insaturés (PUFA) alors que les graisses mélangées n’en contiennent guère plus de 20%.
A titre d’exemple, l’addition de 4% d’huile de maïs, contenant 60% d’acides gras insaturés, se traduit par un supplément net de 2,4% en acides. Un supplément de vitamine E de 72 mg/kg de nourriture (2,4 x 30 mg/kg) s’avèrera alors nécessaire.
Tablant sur un apport normal en vitamines de 200 mg/kg, cet excès de 4% d’huile de maïs requiert finalement 272 mg de vitamine E/kg d’aliment.

2) L’EXERCICE ET LE STRESS
L’animal stressé par son travail mobilise plus de vitamine E que les autres. Le pur-sang dans sa préparation à la course, les chevaux d’endurance, les «éventers» et autres chevaux à la recherche de performances sont soumis à des stress permanents. Leurs besoins plus élevés en vitamine E, par rapport aux autres espèces animales, se justifient indépendamment de leur poids et de leur taille.
Le transport, la maladie, les mauvaises conditions d’hébergement ou de pâturage, de même que les bruits inhabituels contribuent à un besoin plus élevé en vitamine E.

3) SELENIUM
En cas d’apport limité de sélénium, on peut compenser par des doses plus élevées en vitamine E.

4) ALIMENTATION PAUVRE
L’administration d’ingrédients alimentaires contenant des agents peroxydants des graisses nécessite un apport complémentaire substantiel de vitamine E. Le grain conservé à l’humidité perd sa vitamine E naturelle, il faut que cette perte soit compensée. La présence de mycotoxines dans la nourriture nécessite des apports complémentaires en vitamine E pour assurer la fonction métabolique.

Stabilité de la vitamine E

Les tocophérols sont d’excellents antioxydants. Toute alimentation qui contiendrait de l’oxygène actif (peroxydes) provoque une réduction sensible de la teneur en tocophérols. La forme synthétique administrée est l’acétate d’a tocophéryl qui n’est pas en elle-même un antioxydant mais qui résiste davantage à l’humidité, à la chaleur et à l’oxygène. Ce composé est bio- transformé en tocophérol actif durant la phase de digestion et d’absorption au niveau intestinal. Toutes les formes en vitamine E se détruisent lorsqu’elles entrent en contact avec des agents alcalins.

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