L'acide folique

Historique


La levure et les extraits hépatiques constituent d’excellentes sources d’éléments nutritionnels actifs, notamment dans le traitement des enfants chétifs et des animaux mal portants.
L’amélioration des techniques analytiques, au cours des années 20 et 30, ont permis de mettre en évidence bon nombre de molécules actives.
En 1935, un facteur anti-anémique du singe est extrait de concentrés de levure et de foie; on le dénomme vitamine M.
Quelques années plus tard, un facteur anti-anémique hydrosoluble du poussin est extrait et isolé à son tour ; il est identifié sous le nom de vitamine BC. En 1940, on découvre un promoteur de croissance bactérienne dans l’épinard; il s’agit de l’acide folique.
En réalité, ces trois facteurs n’en font qu’un. La structure chimique et sa configuration sont rapidement élucidées. Pour un certain temps, ce composé se voit attribuer le nom de vitamine B9. Aujourd’hui, les différents composés présentant une activité similaire se regroupent sous la dénomination d’acide folique.
La structure de la molécule d’acide folique comprend 3 parties distinctes: un noyau à 2 cycles ptéridine, une structure d’acide glutamique et une autre d’acide para-aminobenzoïque (PABA). Des molécules supplémentaires d’acide glutamique peuvent se greffer sur le complexe vitaminique et favoriser la formation d’autres liaisons peptidiques. De tels composés s’avèrent inactifs au plan biologique. Réciproquement, l’inclusion d’ato- mes d’hydrogène ou de groupes méthyl additonnels favorisent l’activité folique.

Rôle de l’acide folique

Les composés dérivés de l’acide folique très actifs au plan métabolique, agissent sur le transfert des groupements monocarbonés. Cela concerne les groupes méthyl (-CH3), les résidus formiques (-COOH) et les autres entités monocarbonées attachées de manière labile aux atomes d’azote de la molécule d’acide folique.
Cet acide folique est également impliqué dans la synthèse et la dégradation d’acides aminés spécifiques comme la thréonine et l’histidine, dans la synthèse de la purine et des bases azotées assimilées ainsi que dans le transfert des groupes méthyl venant de la méthionine et de la choline.
Comme les bases puriques constituent des éléments essentiels des acides nucléiques, une carence en acide folique inhibe la biosynthèse des acides nucléiques intervenant sur la synthèse et le fonctionnement cellulaire.
Les déficiences en vitamine amènent un blocage des systèmes métaboliques impliquant l’acide folique. Les premiers tissus atteints présentent un turnover rapide des protéines avec prolifération de cellules neuves. La croissance s’arrête et il en est de même pour la régénerescence des cellules sanguines.

Carence en acide folique

Les animaux réagissent différemment à une carence en acide folique. On connaît mal les effets engendrés chez le cheval. Pour les autres espèces animales, on observe des anémies avec ralentissement de la croissance pour les plus jeunes.
Des modifications sensibles du développement capillaire ont été rapportées. La chute des taux circulants d’acide folique provoque l’apparition de symptômes aspécifiques comme une faiblesse généralisée, la perte d’appétit, la diarrhée et une sensibilité accrue aux agents infectieux.

Surdosage en acide folique

Si le glutamate d’acide folique peut s’assimiler dans des organes comme le foie, les reins et même les muscles, tout excès s’élimine rapidement.
Il n’existe aucune indication relative à des effets nocifs engendrés chez le cheval et d’autres espèces, en cas de surdosage de cette vitamine.

Biosynthèse

La molécule d’acide folique contient de l’acide para-aminobenzoïque (PABA) que quelques microorganismes sont en mesure de synthétiser.
En présence de PABA, plusieurs catégories de microorganismes produisent de la vitamine. On les trouve en grandes quantités dans le caecum du cheval. On doute cependant que le cheval soit en mesure de retirer un bénéfice quelconque du très faible rendement de cette biosynthèse.

Mesure de l’acide folique

La contribution alimentaire de l’acide folique (exprimé en mg/kg) se mesure par voie biochimique. Il n’existe aucune unité internationale caractérisant l’activité biologique de cette vitamine. On peut également recourir à des mesures biologiques comme le test de croissance des poussins ou des rats.
Les taux d’acide folique dans les aliments, établis par l’une ou l’autre des méthodes biochimiques, se rapportent souvent à des formes chimiques conjuguées et non disponibles.

Contrôle du niveau de l’acide folique

La mesure des taux sanguins de folate sert parfois à évaluer les niveaux de vitamine chez le cheval. Les taux hépatiques constituent de meilleurs indicateurs.
On peut également mesurer le taux de folate sur base d’activités enzymatiques dépendantes qui atteignent un plateau lorsque la quantité d’acide folique est suffisante (ou celle d’un métabolite qui serait ensuite dégradé par une enzyme folate-dépendante).

Antagonistes

Divers composés interfèrent sur la synthèse ou le métabolisme de l’acide folique. Certains microorganismes acceptent les sulphonamides comme remplaçants du PABA. Elles provoquent une inhibition simultanée de la croissance de la bactérie et de la biosynthèse de l’acide folique. C’est le mode d’action essentiel des sulphonamides.
Il existe des analogues d’acide folique qui contiennent des groupes aminés en lieu et place des fonctions hydroxyl du noyau ptéridine. Ces produits n’ont aucune activité vitaminique et inhibent en outre l’action de l’acide folique.

Relations avec les autres ingrédients

Il existe une relation étroite entre l’acide folique et la vitamine B12; les deux biomolécules interviennent dans le transfert des groupements monocarbonés.
Une déficience en vitamine B12 va souvent de pair avec celle de l’acide folique avec comme conséquence une chute des taux tissulaires de folate.

Besoins et doses optimales

Une petite quantité d’acide folique est indispensable au bon fonctionnement des activités métaboliques. La concentration efficace dépend des taux de vitamine B12, de fer et des composés donneurs de groupes méthyl comme la méthionine et la choline.
Le besoin quotidien est tiré de la nourriture digérée et résorbée au niveau intestinal mais une fraction de l’acide folique se conjugue et est indisponible. Cet élément complique singulièrement le calcul précis de la dose à fournir par le complément alimentaire. Les critères de base pour cette estimation influencent aussi les propositions que l’on peut formuler. Si l’on tient compte de la synthèse habituelle des cellules sanguines, il faudra davantage d’acide folique que si l’on se base sur le minimum corporel vital.
La plupart des espèces, sur lesquelles les recherches ont été menées, consomment 0,5 mg d’acide folique/kg de nourriture. Les chevaux, à l’écurie, présentent des taux en folate plus faibles que ceux qui sont aux pâturages. Un travail intensif, portant sur une période de 6 mois, fait chuter les niveaux de folate. Les chevaux qui ont des taux plus bas ont plus difficile d’atteindre le même niveau d’endurance et de performance que les autres. Les études pharmacologiques, réalisées après administration orale d’acide folique, confirment sa faible résorption de sorte qu’il est nécessaire de compenser par des doses journalières importantes. Le cheval à l’écurie pourrait alors présenter des taux en folate comparables à ceux des animaux en pâture.
La corrélation bien établie entre la méthionine et l’acide folique n’a pas été quantifiée. On peut estimer que les besoins en acide folique sont plus grands lorsque les taux de méthionine sont limités. Les niveaux idéaux de compléments alimentaires en acide folique sont repris au tableau suivant:

mg/kg g/jour
Chevaux de haute performance en plein entraînement
10
100
Chevaux de haute performance subissant un travail léger 10 50
Poneys, chevaux de selle 5 15
Poulinières et étalons 5 20
Jeunes chevaux 1-2 ans 5 15
Foals et yearlings de moins d'un an 10 10-30

Contenu en acide folique des ingrédients alimentaires

Il est difficile de savoir si les teneurs en vitamine publiées concernent les fractions libres ou totales. Les aliments énergétiques comme les céréales contiennent de faibles quantités d’acide folique libre alors que les aliments pauvres en énergie (sous-produits) en contiennent davantage.
Les aliments riches en protéines animales et les tourteaux aux extraits d’huile de graines contiennent les quantités d’acide folique les plus élevées. Le composé est également présent dans les légumes à feuilles vertes dont les herbes.

Stabilité

L’acide folique cristallisé est stable à l’air et à la chaleur. Il se dégrade à la lumière, surtout à l’U.V., ainsi que sous l’action des acides et des bases. En dépit de sa classification comme vitamine hydrosoluble, il n’est que partiellement soluble dans l’eau froide et davantage dans l’eau chaude.
Instable en solution aqueuse, il n’y reste pas longtemps actif (moins de 24 heures). La chaleur accélère le processus.
Les pertes occasionnées lors de la granulation avoisinent les 20 à 30% mais peuvent s’accroître avec une augmentation de la température de compression. A titre compensatoire, on surdose les préparations commerciales d’environ 20%.

Observation du cheptel

Une croissance lente accompagnée de performances sportives médiocres peut résulter d’un apport insuffisant en vitamines. Si le manque de performances s’assortit d’un état anémique, en dépit d’un apport en fer correct, il y aurait lieu d’augmenter la dose en acide folique et/ou celle de la vitamine B12. La chute des cheveux, surtout accompagnée de diarrhées, indique une carence en acide folique. Les chevaux, à l’occasion d’un programme de travail intense, bénéficieront d’un apport supplémentaire en vitamine surtout si leurs performances sportives et d’endurance venaient à faiblir.

up